Une journée dans le centre de distribution de Rueil-Malmaison

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Article paru dans le Figaro

Par Paul Louis | Publié

REPORTAGE – Une semaine après le lancement de la 32ème campagne des Restos du Cœur, les premières distributions de repas ont eu lieu dans les différents centres de France. À Rueil-Malmaison, les bénévoles accueillent déjà de nombreux bénéficiaires.

Malgré un froid matinal glacial, une dizaine de personnes patientent déjà, peu avant 9 heures, chariots et sacs en mains, devant la porte des Restos du Cœur deLe brifing avant l'ouverture du centre Rueil-Malmaison, l’un des 13 centres du département des Hauts-de-Seine. À l’intérieur, les bénévoles sont sur le pied de guerre, comme chaque mardi, pour préparer la distribution. Après un court briefing du responsable, les bénéficiaires sont invités à entrer dans la salle d’accueil où une boisson chaude leur est servie.

Là, une bibliothèque et des jouets pour enfants sont à disposition. Sur le mur, les vers du poème Liberté, de Paul Eluard, font écho à l’hymne des Enfoirés chantée pendant la dernière campagne d’hiver. Dans ce centre de plus de 300 mètres carrés, le message est clair: «L’idée de fond, c’est que les gens ne viennent plus aux Restos. Mais en attendant, on leur donne un coup de main pour les aider à traverser une mauvaise passe et à se resocialiser», indique Frédéric Bondaz, responsable du centre.

Après s’être enregistrée grâce à une carte personnelle, chaque personne inscrite est appelée par un accompagnateur qui l’aidera à suivre la distribution dans la salle contiguë à l’accueil. Ici, le portrait de Coluche surplombe la pièce aux murs dissimulés par les étagères chargées de produits alimentaires, elles-mêmes vidées peu à peu par la vingtaine de membres des Restos qui déposentLes bénévoles assurent la distribution briques de lait, conserves, produits pour bébé et autres paquets de gâteaux dans les sacs des bénéficiaires. Comme chaque mardi matin, la distribution est réservée aux familles. Celles-ci reçoivent l’équivalent de six repas par personne. En trois heures, elles seront 84 à être servies. L’après-midi, ce sont les personnes seules qui déambuleront à leur tour dans le court circuit de distribution pour recevoir leurs denrées, pour une quantité équivalente à neuf repas. Au total, environ 330 personnes auront bénéficié de l’aide alimentaire des Restos du Cœur sur cette seule journée. 

Outre la distribution alimentaire, le centre de Rueil-Malmaison dispose également d’un vestiaire pour aider les plus démunis à se vêtir. Le vestiaireSi les manteaux pour enfants manquent en cette fin du mois de novembre, la pièce est suffisamment garnie pour satisfaire le plus grand nombre. Seuls les vêtements propres et en bon état sont donnés: «J’essaye de leur donner des affaires impeccables. Tout ce qui est trop usé ou trop petit, je donne à Haïti, donc ce n’est pas perdu», raconte Alyette, bénévole.

Du côté des inscriptions, l’affluence est tout aussi forte. Et pour cause, près d’une trentaine de personnes seront inscrites dans la journée. Un chiffre à relativiser puisque «40% des bénéficiaires du centre ne reviennent pas d’une année sur l’autre», confie Frédéric Bondaz. Si les inscriptions sont parfois délicates, elles restent néanmoins le «moment le plus intéressant, où les gens se livrent, où on va au-delà de la simple distribution», estime de son côté Olivier, bénévole.

Lors de la première semaine, le centre de Rueil-Malmaison a distribué 3654 repas en deux jours. Les profils sont multiples: jeunes, retraités, femmes seules, étrangers… La précarité n’épargne personne. L’année dernière, à la même période, ils étaient 193 inscrits (420 à la fin de l’hiver), contre 202 cette année. «Je suis divorcée. En 2012, je me suis retrouvée seule avec mes filles et je n’avais aucune aide», témoigne Sofia* qui vient ici depuis quatre ans. Originaire d’Algérie, cette jeune maman ne peut pas travailler à cause de soucis de santé et ne vit que du RSA et d’une pension alimentaire: «Il y a des choses que je regarde juste avec les yeux mais que je ne peux pas acheter», explique-t-elle avant de souligner l’accueil et la sympathie des bénévoles.

Une organisation rodée

Chaque lundi, quelques bénévoles vont chercher les invendus dans la grande surface la plus proche. On parle ici de «cueillette», terme jugé plus poétique que la «ramasse». Il s’agit de produits dont la date limite de consommation approche. Le mardi et le mercredi, c’est l’entrepôt régional des Restos du Cœur situé à Argenteuil qui vient livrer les produits achetés par l’association grâce aux dons. Au total, plus de trois tonnes de denrées sont acheminées vers le centre chaque semaine. La Communauté européenne donne également des vivres ainsi que des produits complémentaires (produits d’hygiène, sucre, farine…), plus rares, et dont la distribution ne peut se faire de manière hebdomadaire.

Les stocksDans la pièce aménagée pour recevoir et stocker les produits, l’organisation est parfaitement huilée. L’association fonctionne comme une véritable entreprise. «On utilise un logiciel pour gérer les stocks. Ça permet d’avoir au jour le jour la visualisation de l’ensemble des denrées», précise Michel. Ici, le mécanisme de gestion et d’approvisionnement des stocks est réglementé pour que la distribution soit équitable. Les règles sanitaires sont évidemment drastiques. Tout ce qui arrive dans le centre est vérifié et la traçabilité est totale: relevés des températures des réfrigérateurs, étiquetage des produits, etc. «On est bénévole mais on a aussi une certaine responsabilité», indique Michel. Ce dernier, qui consacre trois à quatre jours par semaine aux Restos du Cœur, est également chargé de confectionner le menu de chaque semaine pour qu’il soit le plus équilibré possible. Autrement dit, un menu mêlant aliments riches en protéines, accompagnements (légumes), desserts (sucres) et produits laitiers.

Développement de l’aide à la personne

Fournir des repas aux plus pauvres n’est toutefois pas la seule fonction des Restos du Cœur. En effet, l’association s’implique de plus en plus dans l’aide à la personne, au sens large. À Rueil-Malmaison, «on essaye de mettre en place une équipe de cinq à six personnes dédiée à l’aide à la personne», indique Frédéric Bondaz. Pour ces bénévoles, l’objectif est d’orienter les plus démunis vers les aides auxquelles ils ont droit. «Ceux qui viennent nous voir sont parfois des gens qui ne vont pas faire valoir leurs droits parce qu’ils n’osent pas ou parce qu’ils ne savent pas qu’ils en ont», explique Frédéric Bondaz. «On essaye de les guider, mais on n’est pas non plus juriste ni médecin», note Odile, bénévole.

Pour pallier cette difficulté, des permanences de la CAF sont organisées régulièrement au sein même du centre. «Ça crée un premier lien entre les bénéficiaires et la CAF. […] C’est une espèce d’antichambre de l’administration sociale. Ça ne demande qu’à se développer», ajoute le responsable du centre qui organise le même type de permanence avec des médecins ou des avocats.

Chaque bénévole essaye d’accompagner les mêmes personnes avec l’objectif de créer du lien social. «On les accompagne, on essaye de discuter un peu», témoigne Christiane. «Le public croit que Coluche a fait ça uniquement pour donner à manger aux gens […]. En fait, l’accompagnateur a un rôle d’écoute, il discute, il tente de voir quelles sont les problématiques du bénéficiaire pour lui apporter du bien-être et l’aider à trouver des solutions», renchérit Michel.

La campagne hivernale des Restos du Cœur durera seize semaines. Certains centres de distribution, à l’instar de celui de Rueil-Malmaison, effectueront également une campagne d’été pour les plus démunis. Celle-ci est notamment rendue possible grâce à la collecte nationale qui est organisée chaque année au mois de mars à la sortie des supermarchés. L’an dernier, les bénévoles de Rueil-Malmaison ont récupéré 14 tonnes de denrées grâce à cette seule collecte.

*Le prénom a été changé